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Naviguer Principes fondamentaux de la comptabilité nationale

Le produit intérieur brut

Un rôle fondamental

Le produit intérieur brut est de très loin l'agrégat le plus connu de la comptabilité nationale, il est même plus connu que la comptabilité nationale elle-même. Depuis des années, il est reconnu comme le meilleur indicateur de l'activité économique, si bien que ce sont ses évolutions que l'on suit pour surveiller l'état de santé de l'économie, mesurer sa croissance ou détecter les récessions. Il est vrai que le lien entre l'évolution du produit intérieur brut en volume et des variables aussi fondamentales pour tous que l'emploi en font un indicateur dont il est difficile de se désintéresser totalement.

Le produit intérieur brut joue aussi un rôle important dans le fonctionnement de l'Union Européenne. En effet, les critères destinés à limiter le déficit public et la dette publique sont évalués par rapport au produit intérieur brut. De plus, une partie importante des dépenses communes de l'Union Européenne est répartie entre les différents états membres sur la base du revenu national brut, agrégat de la comptabilité nationale qui est dérivé du produit intérieur brut et qui en est généralement très proche.

Les trois approches du produit intérieur brut

D'une manière très synthétique, le produit intérieur brut vise à mesurer la richesse créée par les hommes dans un pays pendant une période donnée, le plus souvent une année ou un trimestre. Cette création de richesse peut être considérée selon trois points de vue différents, appelés les trois approches du produit intérieur brut.

L'approche production calcule le produit intérieur brut à partir de la valeur ajoutée, c'est-à-dire de la différence entre la production et la consommation intermédiaire. En effet, la production mesure la création de richesse et la consommation intermédiaire sa destruction au cours du processus de production. La valeur ajoutée mesure donc la richesse effectivement mise à la disposition de l'économie par le système productif.

Toutefois, pour calculer le produit intérieur brut, il faut tenir compte des conventions de mesure de la production adoptées par la comptabilité nationale. La production est, en effet, mesurée aux prix de base, c'est-à-dire à un prix qui exclut les impôts sur les produits et inclut les subventions sur les produits. Or, le produit intérieur brut doit être évalué aux prix du marché puisque la comptabilité nationale considère que le prix du marché constitue la meilleure mesure objectivement disponible de la valeur d'un produit. Mais, contrairement au prix de base, le prix du marché comprend les impôts sur les produits et exclut les subventions sur les produits. Il convient donc de faire une correction pour passer des valeurs ajoutées au produit intérieur brut. Le produit intérieur brut selon l'approche production sera donc calculé de la manière suivante :

Produit intérieur brut =    somme des valeurs ajoutées
+ impôts sur les produits
- subventions sur les produits

La production est également l'occasion d'une répartition de la richesse produite entre les salariés, les entreprises et l'Etat. L'approche revenu met en évidence cette répartition. Le calcul du produit intérieur brut selon cette approche dérive directement de la précédente, il suffit d'utiliser la décomposition de la valeur ajoutée provenant du compte d'exploitation :

Valeur ajoutée =    Rémunération des salariés
+ autres impôts sur la production
- autres subventions sur la production
+ excédent d'exploitation / revenu mixte

En remplaçant dans le calcul du PIB selon l'approche production la valeur ajoutée par ses différents éléments on obtient :

Produit intérieur brut =    Rémunération des salariés
+ impôts sur les produits
+ autres impôts sur la production
- subventions sur les produits
- autres subventions sur la production
+ excédent d'exploitation / revenu mixte

En constatant, d'une part, que la somme des impôts sur les produits et des autres impôts sur la production correspond aux impôts sur la production et les importations, d'autre part, que la somme des subventions sur les produits et des autres subventions sur la production correspond aux subventions, on obtient :

Produit intérieur brut =    Rémunération des salariés
+ impôts sur la production et les importations
- subventions
+ excédent d'exploitation / revenu mixte

L'approche demande montre comment la richesse créée a été utilisée. Le calcul du produit intérieur brut qui lui correspond peut se déduire du compte de biens et services. Celui-ci se présente sous la forme suivante :

Production
Impôts sur les produits
- Subventions sur les produits
Importations
Consommation intermédiaire
Consommation finale
Formation brute de capital fixe
Variation des stocks
Acquisitions moins cessions d'objets de valeur
Exportations

Il suffit de faire passer les importations dans la colonne de droite et la consommation intermédiaire dans la colonne de gauche pour faire apparaître dans la colonne de gauche le PIB selon l'approche production. Ainsi, le calcul du produit intérieur brut selon l'approche demande se présente ainsi :

Produit intérieur brut =    Consommation finale
+ Formation brute de capital fixe
+ Variation des stocks
+ Acquisitions moins cessions d'objets de valeur
+ Exportations
- Importations

D'une manière synthétique, on peut dire que le produit intérieur brut est égal à la somme des emplois finals, c'est-à-dire des emplois excluant la consommation intermédiaire. Il faut comprendre dans cette formulation que les importations sont associées négativement aux exportations.

L'approche demande est, en fait, celle qui permet de présenter le plus simplement le calcul du produit intérieur brut et elle peut, de ce point de vue, être considérée comme l'approche de référence. En effet, il n'est pas facile de justifier la présence des impôts et droits sur les importations dans les deux autres approches et tout particulièrement dans l'approche production.

Les impôts et droits sur les importations sont l'une des composantes des impôts sur les produits qui comprennent également la TVA et les autres impôts sur les produits (par exemple les taxes sur le tabac ou l'alcool). Une partie de ces impôts frappe des produits destinés à la consommation intermédiaire et constitue, de ce fait, un élément de la valeur de la consommation intermédiaire des entreprises qui vient en déduction de la valeur ajoutée. Il semble donc naturel de les ajouter à la valeur ajoutée lorsque l'on considère que les consommations intermédiaires importées devraient être valorisées au prix payé au reste du monde, c'est-à-dire à un prix excluant les impôts et droits sur importations. Mais il est difficile, dans cette approche, de justifier d'ajouter à la valeur ajoutée les droits et taxes sur importations frappant les produits destinés à la consommation finale et la formation brute de capital fixe.

Dans l'approche revenu, les impôts et droits sur les importations apparaissent comme un revenu dans le compte des administrations publiques mais ils ne viennent en déduction du revenu d'aucun autre agent résident car ils sont inclus dans la valeur des dépenses en biens et services. Il est donc justifié de les ajouter aux revenus provenant directement de la répartition de la valeur ajoutée.

L'existence des impôts et droits sur les importations conduit cependant à des résultats peu intuitifs. En effet, les importations sont évaluées à un prix qui exclut les impôts et droits sur importations car elles doivent correspondre au prix payé au reste du monde. Aussi, si un pays n'a aucune activité de production et vit uniquement d'importations, le compte de biens et services devient :

Impôts sur les importations
- Subventions sur les importations
Importations
Consommation finale
Formation brute de capital fixe
Variation des stocks
Acquisitions moins cessions d'objets de valeur
Exportations

C'est-à-dire :

Impôts sur les importations
- Subventions sur les importations
Consommation finale
Formation brute de capital fixe
Variation des stocks
Acquisitions moins cessions d'objets de valeur
Exportations
- Importations

On retrouve dans la colonne de droite le produit intérieur brut. Ainsi, un pays qui n'a aucune activité productive peut cependant avoir un produit intérieur brut non nul égal aux impôts nets des subventions sur les importations. Cette anomalie s'explique par la priorité donnée, de fait, à l'approche demande dans le calcul du produit intérieur brut.

Le revenu national brut

Le produit intérieur brut mesure la richesse créée sur le territoire national, il ne tient pas compte du fait qu'une partie de cette richesse a été créée par des non résidents et, qu'à l'inverse, des résidents ont créé de la richesse dans le reste du monde, c'est ce qui explique le qualificatif "intérieur". Pour déterminer le revenu tiré par les résidents de l'activité de production, il faut donc déduire du PIB le revenu distribué aux non résidents et ajouter le revenu issu de la production que les résidents ont tiré du reste du monde. Ces revenus sont les revenus des facteurs de production, c'est-à-dire le travail et le capital. Les impôts et subventions sur la production peuvent également être assimilés à des revenus des facteurs de production.

Cet agrégat qui mesure le revenu des résidents issus de la production prend le nom de revenu national brut, il se calcule de la manière suivante :

Revenu national brut =    Produit intérieur brut
+ Rémunération des salariés reçue du reste du monde
- Rémunération des salariés payée au reste du monde
- Impôts sur la production et les importations versés aux reste du monde
+ Subventions reçues du reste du monde
+ Revenus de la propriété reçus du reste du monde
- Revenus de la propriété payés au reste du monde

Ce texte n'engage que son auteur : Francis Malherbe